Revue de presse 1 du 12 février 2004

vendredi 13 février 2004
par Sophie Tret
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Nicolas Sarkozy annonce la création de "correspondants absentéisme" dans les collèges de quartiers difficiles. L’Éducation nationale ignore ce que recouvre cette notion

Strasbourg le 09-02-2004 Strasbourg, correspondance Un "correspondant absentéisme" sera affecté dès cette année dans chacun des deux collèges du quartier de Hautepierre de Strasbourg, ainsi que dans une vingtaine d’autres quartiers difficiles en France, déclare Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, en visite dans la capitale alsacienne, aujourd’hui lundi 9 février. Ce dispositif s’inscrit dans le cadre des mesures de prévention de la délinquance dans les établissements scolaires. Il prévoit que le correspondant appellera la famille le premier jour de l’absence constatée. Nicolas Sarkozy a par ailleurs émis le souhait que chaque collège dispose d’un contact référent auprès du commissariat de police dont il dépend. Selon l’Inspection académique du Bas-Rhin, interrogée par L’AEF, la fonction de correspondant absentéisme existe déjà dans les collèges strasbourgeois depuis deux ans, et elle est prise en charge par les CPE (conseillers principaux d’éducation). L’annonce du ministre de l’Intérieur pourrait la relancer en modifiant notamment les sanctions associées à l’absentéisme. Le ministère de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche déclare à L’AEF qu’il ignore ce que recouvre exactement la notion de "correspondant absentéisme". Contact : Inspection académique du Bas-Rhin, mission communication, Martine Giraud, 03 88 45 92 85 Vingt propositions du Conseil national des villes pour placer l’éducation au centre des projets de territoire et développer les partenariats éducatifs Paris le 09-02-2004 "Placer l’éducation au centre des projets de territoire", "développer le partenariat éducatif" et "promouvoir l’expérimentation et l’innovation locale", tels sont les trois enjeux développés par le CNV (Conseil national des villes), déclinés en 20 propositions dans le document "Politique de la ville et éducation : quels enjeux pour l’avenir ?", remis en janvier 2004 à Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine. Le CNV souligne la nécessité de repenser les modalités de l’action éducative dans les zones urbaines sensibles".
Car " il est effectivement à douter qu’à lui seul le ministère de l’Éducation nationale soit en mesure de lutter contre des phénomènes aussi ancrés que sont l’échec scolaire, le délitement du lien social et républicain et la ségrégation urbaine, sociale et culturelle dans les établissements scolaires des zones urbaines sensibles ".
Malgré la décentralisation, il est "fondamental", dans le domaine de l’Éducation nationale, que "la définition des objectifs de la politique éducative demeure du ressort unique de l’État, premier responsable de l’éducation sur l’ensemble du territoire et à qui il appartient de veiller à l’effectivité de l’égalité des chances". "Plus l’on avance et plus l’on s’aperçoit que la problématique scolaire et les problématiques sociale et urbaine sont étroitement imbriquées (...). La dévalorisation de l’école publique a de fortes incidences sur le devenir global des quartiers et, inversement, la dégradation de ces derniers interroge en profondeur l’action éducative vis-à-vis de populations de plus en plus captives". Selon le CNV, "les difficultés rencontrées dans les ZEP reflètent également un manque de coordination des politiques de lutte contre les exclusions au plan local, et un certain essoufflement des dispositifs et démarches impulsés ’de haut’. (...) Certains élus se plaignent ! de blocages liés aux difficultés de coopération avec l’Éducation nationale sur le terrain". L’ÉDUCATION AU CENTRE DES PROJETS DE TERRITOIRE
Le CNV formule 10 propositions pour placer l’éducation au centre des projets de territoire. La première vise à "intégrer la question éducative dans le fonctionnement opérationnel de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine)". Il est "nécessaire de mieux articuler les politiques éducatives territoriales". C’est pourquoi, le CNV préconise d’ "impulser et accompagner la mise en place de PEL (projets éducatifs locaux) permettant de coordonner les différents contrats, selon une approche débattue et choisie localement (par âge, thème, posture, temps, etc.)" et de "désigner les élus locaux (maires ou présidents d’EPCI) comme garants des PEL". Il propose encore de " redéfinir les contenus et missions des CEL (contrats éducatifs locaux) dans le sens d’une meilleure articulation entre les priorités éducatives fixées au plan national et les besoins et pratiques exprimés au plan local". Le CNV suggère aussi de "mieux prendre en compte l’action des départements et des régions dans le cadre des PEL et de la politique de la ville en général, en lien avec l’élargissement récent de leurs compétences en matière sociale et d’emploi". DÉVELOPPER LE PARTENARIAT ÉDUCATIF
Pour le CNV, il est "nécessaire de mieux mettre en évidence le lien entre l’action éducative menée au sein des établissements scolaire et celle impulsée par les collectivités territoriales et les autres acteurs locaux, notamment via la Politique de la ville". Il propose pour cela d’instaurer des stages ’villes’ obligatoires dans le cursus de formation des enseignants et personnels d’encadrement. Ces stages - qui pourraient s’effectuer sous la supervision des sous-préfets chargés de mission pour la Politique de la ville - permettraient aux futurs personnels de l’Éducation nationale de se sensibiliser à la problématique de l’éducation en milieu difficile et au fonctionnement concret des PEL". D’après le CNV, il faudrait également " prévoir que les enseignants et personnels d’encadrement nouvellement arrivés, dans leur journée de prérentrée, bénéficient d’une visite des principaux lieux éducatifs de la ville , ponctuée d’un pot solennel’ en mairie, en présence des principaux acteurs chargés de sa mise en oeuvre". Afin que les politiques éducatives locales "puissent véritablement vivre sur un territoire", le CNV propose qu’un "dialogue trimestriel obligatoire soit instauré entre le sous-préfet chargé de mission pour la Politique de la ville, l’Inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’État et les élus des collectivités locales".
PROMOUVOIR L’EXPÉRIMENTATION ET L’INNOVATION LOCALE
"La Politique de la Ville devrait mieux participer au repérage, à la promotion et à l’évaluation des expérimentations éducatives menées au plan local", selon le CNV. C’est pourquoi, il "accueille favorablement l’initiative prévue à l’article 61 du projet de loi sur la responsabilité locale de créer un ’Conseil territorial de l’Éducation nationale’". Il propose d’ "intégrer au sein de ce conseil des représentants de l’ensemble des administrations intervenant dans la politique éducative (Jeunesse et Sports, Culture, Santé, Affaires sociales, Culture, Ville, Intérieur, Justice...), ainsi que des acteurs de la société civile impliqués sur ces enjeux (principaux syndicats, grandes associations, entreprises, centres d’études et de recherche...) afin que celui-ci soit un véritable lieu d’expertise et d’évaluation de l’action éducative, et qu’il profite prioritairement aux projets locaux". Le CNV suggère "la mise en place d’ ’agences locales pour l’innovation éducative’, structures multipartenariales (de type GIP ou association) destinées à aider les acteurs locaux dans le montage, l’accompagnement et l’évaluation des projets éducatifs menés au plan local. Ces agences rassembleraient, au niveau jugé le plus pertinent, l’ensemble des intervenants éducatifs : préfecture, services de l’État, collectivités territoriales, établissements scolaires, centres sociaux, fédérations de parents d’élèves, universités... Il est encore préconisé de "créer dans chaque département un ’Fonds interministériel pour l’innovation et l’expérimentation éducative’. Placé sous l’autorité du préfet, ce fonds mutualisant les crédits "éducatifs" déconcentrés des différents ministères, serait destiné à financer provisoirement des actions éducatives jugées innovantes, à les évaluer, puis à prévoir les conditions de leur pérennisation par le droit commun. L’avis est consultable sur wwwville.gouv.fr/pdf/cnv/education.pdf PARENTS DIVORCÉS. Le ministère de l’Éducation nationale indique qu’ "une réécriture de la circulaire du 13 avril 1994 relative au suivi de la scolarité des enfants légitimes ou naturels par leurs parents, a été entreprise. La rédaction de ce projet de texte est en cours d’achèvement et il devrait être publié dans les tout prochains mois." Il s’agit de clarifier les relations que les établissements scolaires doivent entretenir avec les parents séparés.

Pour nombre d’élèves voilées et exclues, l’école s’arrête définitivement LE MONDE | 10.02.04 | 13h27 Avec mon voile.... Certaines ont recours à des professeurs à domicile, d’autres reçoivent un enseignement à distance, beaucoup ont du mal à étudier seules. Devant le manque de statistiques, les associations se demandent comment l’application du texte de loi qui devait être adopté mardi pourra être évaluée. Chérifé n’est plus scolarisée depuis cinq mois. Cette jeune fille de 13 ans, d’origine turque, s’est présentée en septembre la tête couverte d’un voile dans son collège de Bron (Rhône). Elle devait entrer en classe de troisième. Elle n’a pas été admise. "Ils ne voulaient pas que j’entre dans le collège avec mon voile, raconte-t-elle. J’ai essayé plusieurs fois. Finalement, je me suis dit qu’il valait mieux que je parte." La jeune fille a demandé ensuite à bénéficier des cours du Centre national d’enseignement à distance (CNED). Mais l’inspection académique a refusé, au motif que l’inscription est réservée aux élèves malades, handicapés ou vivant à l’étranger. Chérifé ne veut pas enlever son voile : "C’est ma religion qui m’oblige", insiste-t-elle. La principale du collège considère que la jeune fille n’a pas été "exclue". "Pour qu’il y ait exclusion, il faut qu’il y ait eu conseil de discipline, dit-elle. Elle est partie d’elle-même. Le règlement du collège interdit tous les couvre-chefs. Elle a fait un choix de vie. Maintenant, si elle n’est pas inscrite au CNED, ce n’est pas mon problème..." Le père de la jeune fille, qui parle avec un fort accent, s’interroge : "Pourquoi la principale ne m’a-t-elle pas donné un mot écrit, pour me dire qu’elle n’acceptait pas ma fille ? Pour l’instant, je n’ai pas de solution. C’est à ceux qui l’ont exclue d’en trouver une." "UNE VÉRITABLE OMERTA" De son côté, l’inspection académique se refuse à dire que l’élève n’a "pas été admise" : "Elle a été admise, mais elle refuse le règlement intérieur", précise-t-on. Au regard de l’administration, Chérifé est "scolarisée dans la famille". La jeune fille reste donc chez elle. Elle bouquine. Sa mère s’exprime difficilement en français ; quelques professeurs bénévoles, militants d’une association musulmane, viennent l’aider. "On m’a fermé les portes de mon avenir", se plaint Chérifé. Cette année, six autres élèves voilées n’auraient pas été admises dans ce collège de Bron. Saïda Kada, coauteur avec l’anthropologue Dounia Bouzar du livre L’une voilée, l’autre pas (Albin Michel, 2003), est aussi responsable de l’association Femmes françaises musulmanes et engagées, qui vient en aide aux filles voilées déscolarisées, dénonce "une véritable omerta" sur le sujet. "La nouvelle loi prévoit une évaluation après un an. Mais comment va faire l’éducation nationale ? Il n’y a pas de statistiques. Tout simplement parce que les jeunes filles sont exclues le plus souvent pour un motif autre que le foulard. On les pousse à démissionner." Officiellement, les chiffres font état de seulement cinq exclusions pour cause de foulard, pour cette année scolaire, si l’on prend en compte le fait qu’un compromis vient d’être trouvé pour une jeune fille exclue du collège de Thann (Haut-Rhin) en novembre 2003. Monique Crinon, du collectif Une école pour tous, qui milite contre la loi sur le foulard, constate qu’il est très difficile d’obtenir des données fiables : "C’est le trou noir. Au-delà de 16 ans, c’est encore plus difficile, puisque les élèves ne sont plus obligés légalement d’aller à l’école." Saïda Kada affirme qu’elle connaît, dans l’agglomération lyonnaise, au moins trois cas de filles de moins de 16 ans qui ne sont plus prises en charge, ni par un établissement scolaire ni par le CNED. "Cela fait quinze ans qu’on exclut dans l’indifférence ! s’indigne-t-elle. La plupart des exclusions se produisent sans heurts. On dit aux jeunes filles : vous ne restez pas. Les parents se contentent d’une décision orale. Très peu prennent la peine de faire appel de la décision." Combien de jeunes filles voilées ont recours au CNED ? "On ne peut pas le savoir", répond cet établissement public d’enseignement. Un élève de moins de 16 ans doit, pour s’y inscrire, demander une autorisation administrative à l’inspection d’académie dont il dépend. C’est avec ce document - où ses motivations ne sont pas détaillées - qu’il se présente au CNED. Celui-ci compte aujourd’hui 12 000 inscrits au niveau élémentaire, 35 000 au niveau collège et 60 000 au niveau lycée. "Il s’agit d’enfants d’expatriés à l’étranger, mais aussi de sportifs et d’artistes de haut niveau, de gens du voyage ou encore d’enfants malades", indique le CNED. Même si la scolarité est obligatoire jusqu’à 16 ans, le CNED est payant : les cours du collège coûtent 111 euros par an, et ceux du lycée 229 euros. Le CNED et l’Etat envisagent de rendre cet enseignement gratuit pour les enfants qui, pour des raisons diverses, ne peuvent plus aller à l’école. TUTORAT Alma et Lila Lévy-Omari, les deux jeunes filles du lycée d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) exclues en octobre 2003, ont eu de la chance : leur père a obtenu de l’inspection académique qu’un professeur rémunéré vienne donner une heure de tutorat par semaine aux deux s½urs, qui sont inscrites au CNED. Les élèves qui suivent ces cours par correspondance décrochent souvent : 70 % d’entre elles arrêteraient au bout de deux ans, selon Saïda Kada. "Beaucoup de filles démissionnent quand elles atteignent 16 ans", croit savoir Samira. Cette jeune femme âgée de 23 ans s’est mise à porter le foulard à 15 ans. Sa seconde au lycée de Décines (Rhône) s’est mal passée : la proviseure n’acceptait pas son bandana. Samira a très mal vécu sa scolarité. L’année suivante, elle a démissionné deux semaines avant la rentrée. "J’ai fait ma première et ma terminale au CNED. J’ai raté une première fois mon bac. C’est très difficile, quand on est toute seule. J’avais la chance d’avoir mes parents derrière moi. J’étais aidée aussi par une association musulmane. Sur cinq filles de terminale suivies par cette association, j’ai été la seule à avoir mon bac. Les autres se sont mariées vers 20 ans." Samira est aujourd’hui en mastère de recherche en langue et littérature arabe. Elle sait qu’elle ne trouvera pas de travail dans l’éducation nationale. Beaucoup de filles voilées qui passent le bac veulent poursuivre leurs études et travailler. Leur avenir professionnel n’est pas assuré pour autant. Virginie Malingre et Xavier Ternisien  ? ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 11.02.04


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