Dérives

Fcpe nationale le 2 octobre 2003
vendredi 3 octobre 2003
par fcpe du Val d’Oise
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Paris, le 2 octobre 2003

Remise en cause de la mixité à l’école ?, proposition d’instaurer le port de l’uniforme à l’école ?, limitation de la place des parents et des élèves dans les conseils de discipline ?

Faisons preuve de lucidité et expliquons.

Ces derniers temps, les ministres multiplient les déclarations sur tous ces sujets, largement relayés par les médias. A cela s’ajoute le battage médiatique autour de la croissance des effectifs de l’enseignement privé pourtant limitée et variable selon les circonstances et les niveaux de scolarité ("zapping").

Tout cela relève d’une même logique, et marque une volonté de remettre en cause un certain nombre d’acquis notamment les droits des jeunes.

Nous sommes confrontés à une double offensive : d’un côté celle du ministre qui, à l’évidence tente de passer une session de rattrapage vis à vis des enseignants en les caressant dans le « sens du poil » et en flattant le côté réactionnaire de certains d’entre eux. Il essaie aussi de faire diversion par rapport aux problèmes budgétaires et à détourner l’attention des vrais problèmes de l’école.

Dans le même temps il oriente le débat sur l’école, ce qu’il avait déjà largement amorcé en publiant "lettre à tous ceux qui aiment l’école".

Nous assistons à la diffusion d’idées profondément réactionnaires, rétrogrades qui peuvent avoir prise sur ceux de nos concitoyens qui n’ont pas approfondi leur réflexion sur l’école.

Nous sommes face à une offensive porteuse de danger, il faut alerter, expliquer, mettre en évidence les véritables intentions qui sous-tendent ces propositions.

Quelle société voulons-nous ?

Une société de l’Apartheid qui sépare, dès les bancs de l’école, en fonction du sexe, de la culture, des opinions religieuses et philosophiques, de la classe sociale, des capacités intellectuelles ?

Voulons-nous une société où l’on développe les piscines pour les hommes d’un côté, pour les femmes de l’autre, une société où l’on dicterait à chacun son comportement, sa façon de vivre, une société uniforme dominée par un certain ordre moral ?

Ce n’est pas notre option de laïques.

Ce n’est pas notre conception du vivre ensemble.

L’école doit éduquer les enfants pour une société de la mixité sociale, de la coopération, du respect mutuel, une société où chacun est libre de penser par lui-même. Elle doit leur apprendre à respecter l’autre, à ne pas faire pression sur lui et donner à chacun les connaissances et les outils lui permettant de devenir un homme libre.

Démontrons que ce sont de fausses réponses à de vraies questions.

- La remise en cause de la mixité

On nous dit que cette solution profiterait tant aux filles qu’aux garçons. Ces derniers réussissent moins bien, ce serait de la faute aux filles.

Les filles subissent des violences, des brimades et vivraient plus sereinement dans les classes séparées. Certains de ceux qui défendent une telle proposition le font au nom des droits des femmes.

Or, le rôle de l’école est bien d’apprendre aux deux sexes à vivre ensemble, à se respecter, et à se comprendre, à lutter contre les schémas sexistes tant au niveau des manuels scolaires qu’à celui de l’orientation. Si tout n’est pas parfait actuellement, l’école ne peut baisser les bras ; ce serait un constat d’échec. Ce n’est pas en séparant les sexes que l’on améliorera la situation des femmes. Bien au contraire.

La mixité à l’école a bénéficié aux filles et a un constitué un facteur de démocratisation. Il n’y a aucune raison d’y renoncer.

Si l’on revenait sur la mixité à l’école ne pourrait-on pas aller à terme vers un enseignement au rabais pour les filles, une moindre ambition pour elles, le retour à des activités dites « féminines » ce qui aggraverait les différences de situation professionnelles et de salaires que l ’on déplore aujourd’hui. On ne peut écarter aucune de ces hypothèses.

En « éduquant » les garçons entre eux, on ne réduira pas à l’évidence le nombre de femmes brimées et battues.

- Port de l’uniforme

Cette idée vise, en réalité, dans l’esprit de certains, à résoudre le problème du foulard.

Mais on peut porter à la fois un uniforme et un foulard (c’est ce que l’on voit dans les écoles anglaises).

Pour d’autres, de gauche et même de droite, il s’agit de gommer les différences sociales, de lutter contre l’emprise des marques sur la jeunesse. Par parenthèse, la droite libérale ne « manque pas d’air » quand elle avance cet argument.

Mais chacun sait que l’uniforme, selon le tissu, la coupe, le nombre de tenues de rechange que l’on possède, marque toujours la différenciation sociale.

En outre, les écoles privées qui se distinguent actuellement par le port d’un uniforme sont caractérisées par une remarquable homogénéité sociale de leur recrutement !

Quant à l’invasion des marques, l’école doit et peut jouer son rôle d’éducation du consommateur et du citoyen, montrer que l’on doit être jugé en fonction de ce que l’on est et de ce que l’on fait plutôt qu’en fonction de ce que l’on porte. Démontrer aux jeunes qu’ils sont otages du marché, des entreprises dont le seul objectif est d’inciter à la consommation est pour les enseignants une façon efficace de lutter contre la « marchandisation » et les dérives de la mondialisation libérale.

L’argument de la blouse comme instrument contre le racket relève du gag : cachez ce blouson que je ne saurais voir !

En outre, le port de l’uniforme serait -il compatible avec la législation,avec la convention des Droits de l’Homme et celle des Droits de l’enfant posant le principe de la liberté individuelle.

- L’autorité dans l’école

Au travers des déclarations sur le conseil de discipline comme sur les redoublements, on nous dit vouloir ½uvrer à la restauration de l’autorité de l’école.

Mais on oublie que cette autorité se construit et ne se décrète pas.

L’école sera respectée par les jeunes si elle est en capacité de leur offrir à tous des perspectives de réussite. Il est difficile de respecter un système qui ne vous respecte pas, qui vous exclut, qui vous marginalise si vous n’êtes pas dans la norme.

On n’instaure pas l’autorité par la répression mais par l’éducation et le dialogue. L’autorité, qui n’est jamais "naturelle", naît en fait à la fois du respect mutuel et de la capacité de l’adulte (l’enseignant en l’occurrence) à montrer par sa professionnalité, sa compétence, la haute idée qu’il se fait de sa mission d’éducateur, ses pratiques professionnelles, qu’il considère que chaque élève recèle en lui des qualités, des potentialités qu’il lui revient de mettre en valeur et de développer au maximum de ses possibilités. L’autorité découle aussi de la capacité à définir ensemble les règles de droit et à les respecter mutuellement.

Fédération des Conseils de Parents d’Elèves des Ecoles Publiques 108-110, av. Ledru Rollin - 75544 Paris Cedex 11 - Tél : 01.43.57.16.16. - Fax : 01.43.57.40.78. Association loi 1901 reconnue d’utilité publique - : Site Internet http://www.fcpe.asso.fr - E-mail : fcpe@fcpe.asso.fr


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