La participation des parents à la vie scolaire
Monsieur le Préfet, Monsieur l’Inspecteur d’Académie, Mesdames et messieurs les élus,
Les parents d’élèves FCPE revendiquent de longue date leur appartenance à part entière à la communauté éducative telle qu’elle a enfin été explicitée dans la loi d’orientation de 1989. Les premiers éléments de synthèse connus du récent débat national, confirment d’ailleurs l’importance de la fonction parentale et du rôle des associations et nous comptons bien faire appel à l’ensemble des partenaires de l’école et notamment les familles pour que leur rôle soit non seulement reconnu mais développé et enrichi dans la future loi d’orientation en préparation.
C’est cette posture résolument constructive qui nous amène aujourd’hui à dénoncer les conditions réelles dans lesquelles l’institution scolaire permet aux parents d’exercer leurs responsabilités.
Ainsi les élections des parents d’élèves.
Il est affligeant de constater à quel point une disposition revendiquée de longue date pour permettre de respecter le principe constitutionnel d’égalité entre les citoyens et favoriser le droit à la surveillance scolaire par chacun des parents, est mise à mal dès le début de son existence :
Précipitation et manque de préparation de sa mise en application :
l’essentiel des établissements scolaires sont aujourd’hui incapables de mettre à la disposition des électeurs des listes électorales pleinement conformes à la réglementation. Dans nombre d’établissements ces listes, incomplètes de surcroit, ne seront disponibles qu’à la veille des élections. Comment dans ces conditions permettre à chaque électeur potentiel d’exercer son droit légitime de vérification et ensuite de voter ? Combien de parents auront tout simplement été spoliés de leur droit de vote pour des carences administratives ?
Le manque de campagnes de sensibilisation et d’information envers l’administration et les enseignants comme envers les parents ;
Il s’agit d’une disposition radicalement novatrice qui rompt avec des pratiques anciennes profondément ancrées dans les habitudes. Les informations les plus contradictoires sur l’application de la circulaire de juillet, ont circulé à ce sujet depuis la rentrée. C’est seulement à quelques jours du vote que l’on commence à voir dans la presse régionale quelques articles sur le sujet. Les médias nationaux mobilisés par le ministère ? Rien, car aucune disposition budgétaire n’a été prévue. Cela témoigne bien du manque criant de volonté politique pour appliquer cette orientation démocratique.
La non prise en compte par l’Etat de ses responsabilités en matière de prise en charge financière du coût d’un tel dispositif, laissant l’essentiel de ces coûts à la charge des associations de parents d’élèves.
Il s’agit d’une élection nationale et à ce titre nous exigeons que l’Etat garantisse l’égalité d’accès à ce droit pour tous les parents. Ainsi comme pour les autres élections démocratiques fondatrices des valeurs républicaines de la France le coût de ces élections doit être complètement assumé par l’Etat. Dans le Val d’Oise la plus grande incohérence nourrit la plus grande inégalité de traitement devant le droit. Ainsi l’Etat se décharge de ses responsabilités et de fait selon qu’une commune aie la volonté politique d’aider ses associations locales, selon que les associations aient des ressources financières pour faire face à cette surcharge on aura un accès au droit différencié. Peut-on accepter que ce soit aux associations de droit privé d’assumer les carences de l’Etat et d’assurer l’égalité des citoyens face à une décision nationale de droit public ?
En acceptant de se plier à ces incohérences, source d’autant de conditions inégalitaires, l’Académie porte une lourde responsabilité quant à la multiplication des recours qui entacheront la légitimité et la représentativité des instances qui seront élues les 15 et 16 octobre 2004. Mais plus grave encore, c’est la crédibilité sur le fond, de l’égalité de droit et de responsabilités, entre les deux parents qui est en cause. Alors que chacun est amené aujourd’hui à se positionner pour défendre la laïcité comme valeur clé de notre enseignement, oublierait-on que sa promotion s’est accompagné de tout temps du combat contre tous les obscurantismes et pour l’émancipation de l’égalité entre les hommes et les femmes.
Ainsi le fonctionnement des conseils d’école et des conseils d’administration des EPLE. Nous sommes convaincus et nous revendiquons le fait que ces instances soient une chance pour l’école de la République, faisant corps avec l’ensemble des valeurs portées par les programmes enseignés, et non une charge administrative supplémentaire vite perçue comme un fardeau, une corvée qu’il convient d’expédier au plus vite. Pourtant c’est dans de trop nombreux établissements que nous avons à déplorer année après année des irrégularités dans l’organisation et le fonctionnement de ces instances qui donnent aux parents que nous représentons, le sentiment d’une gestion autocratique et de l’inutilité de leur investissement. Ainsi lorsqu’une répartition de la DGH est rejetée par un CA aucune proposition nouvelle de DGH n’est débattue en CA. Des commissions se tiennent sans que les parents qui en sont membres n’aient été convoqués. Les conseils de classe se tiennent de plus en plus systématiquement à des heures innaccessibles pour les parents salariés. Des CA ont même eu lieu sans que soit convoquée, délibérement, la commission permanente pourtant obligatoire au vu de l’ordre du jour. L’Inspection d’Académie informée de cela n’a pourtant rien fait pour rétablir les parents d’élèves dans leur droit. Il y a vraiment de quoi décourager les meilleures volontés. Va-t-on devoir aller systématiquement devant le Tribunal administratif pour faire respecter nos droits ? Nous ne le souhaitons pas, mais il va falloir que l’institution scolaire fasse preuve non seulement d’une indispensable volonté mais aussi d’un respect véritable pour les parents que nous sommes. Et nous le disons en particulier pour le fond et la forme des relations menées avec les parents lorsque ceux ci, dans les établissements portent des revendications légitimes. Mais aussi de façon plus générale pour le traitement auquel ils ont droit lors des réunions d’instances représentatives. Ainsi de tous les présents ici, seuls les représentants des parents, ici présents, sont salariés hors des institutions scolaires et qu’ils doivent à ce titre demander à leur employeur les autorisations d’absence nécessaires pour assurer leur mandat représentatif. Pourtant la date du CDEN au Conseil Général a été reportée du 11 au 18 octobre, sans aucune information préalable, on n’ose même pas parler de consultation. De plus les documents nécessaires à la préparation de ce CDEN n’ont été mis à la disposition des parents qu’il ya deux jours. Cela illustre dans les faits la prise en compte véritable par les institutions du rôle de chacun et en particulier celui des parents. Un envoi personnalisé et postal à chaque membre du CDEN dans un délai minimum de 8 jours, comme le fait d’ailleurs le Conseil Général est le minimum pour assurer une véritable préparation de cette réunion.
Ainsi la distribution du matériel d’information des parents au sein des établissements scolaires. Nos conseils locaux nous font part régulièrement de mesures contraignantes de la part des chefs d’établissement à leur égard. Ces mesures sont limitatives de leur droit à l’information et en contradiction avec la réglementation. Il ne s’agit pas pour nous de dénoncer la pratique de tel ou tel chef d’établissement, car le problème posé est bien un problème de manque d’impulsion générale qui est du ressort de l’Inspection d’Académiel. Il s’agit bien d’une question de respect du droit des parents et de la signification de ce droit. C’est pourquoi nous considérons qu’il est de la responsabilité de l’Académie de tout faire pour mettre en cohérence les volontés exprimées, les pratiques et la réglementation. Alertée à plusieurs reprises nous attendons toujours de l’Inspection d’Académie, la circulaire promise mais qui n’est toujours pas arrivée dans les circonscriptions. Nous déplorons aussi que nombre de nos bulletins d’information de rentrée, invitant les parents à s’engager au service de la scolarité de tous les enfants, soient restés stockés dans les placards des établissements.
A l’heure où beaucoup jasent et s’étalent sur l’absentéisme scolaire et les parents démissionnaires (où en sont les commissions départementales à ce sujet) nous voulons faire le pari de la mobilisation de parents qui considèrent leur présence au sein de la communauté scolaire comme un atout formidable pour la réussite du système scolaire et bien sur de leurs enfants. C’est pourquoi nous préférerions pour notre part :
1. que l’ensemble de l’institution scolaire se resaisisse et qu’une réflexion en profondeur s’engage avec tous les partenaires de la communauté éducative pour faire de tous les rouages de la démocratie de véritables lieux de réflexion, de concertation et d’élaboration du projet éducatif destiné à nos enfants ; combien de projets d’écoles ne sont en fait que des projets pédagogiques, car de l’aveu même d’enseignants en difficulté, « mais que voulez-vous que l’on demande aux parents ? » illustrant par là leur impuissance à concevoir un partenariat véritable ; combien de réunions entre parents et enseignants ne sont en fait tenues que pour ériger des murailles toujours plus hautes et laisser les parents hors de l’école : ce qui illustre une fois de plus la fragilité, le besoin de formation et le soutien nécessaire aux enseignants ; combien de brochures d’accueil (lorsqu’elles existent) aux nouveaux enseignants dans une circonscription ou un établissement ne mentionnent même pas l’existence des associations de parents représentatives, privant les enseignants du contact indispensable avec un partenaire incontournable pour la qualité de l’enseignement fourni.
2. que dès maintenant des mesures soient véritablement mises en ½uvre pour que la réglementation en vigueur soit appliquée et qu’en cas de litige, la parole des parents plutôt que d’être présupposée déplacée et génante, soit prise en compte avec le respect et l’égalité de traitement qu’elle mérite.
Tout en reconnaissant les efforts développés de ci delà par tel enseignant, tel chef d’établissement ou tel représentant de l’administration que nous remercions bien évidemment pour leurs efforts, c’est avec l’ensemble de nos interlocuteurs, de nos partenaires que nous voulons développer de veritables relations partenariales de projet ; car nous tenons à le rappeler, nous sommes tous ici présents des partenaires à égalité de droits et de responsabilités dans le grand projet d’une education nationale publique pilier fondateur des valeurs de notre république.


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