Position CDPE 95-réforme du Lycée

samedi 12 décembre 2009
par Sylvie Fromentelle
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Cergy le 9 décembre 2009

à Jean-Jacques HAZAN Président de la FCPE

Monsieur le Président, Cher Jean-Jacques,

Je tiens au nom du CA départemental de la FCPE du Val d’Oise à te dire notre étonnement quant à la position exprimée par le CA National sur la réforme des Lycées, et en particulier notre regret que les CDPE n’aient pas été davantage concertés sur un sujet aussi sensible et grave pour l’avenir.

Je tiens également à ce que tu saches notre opposition à un tel accord avec le Ministère de l’Éducation Nationale et notre détermination à agir dans le débat et dans l’action contre la mise en œuvre d’une telle réforme.

Il y a un an la FCPE Nationale appelait à une réforme de l’ensemble de l’école. Elle disait inacceptable une réforme pour le Lycée seulement. Elle regrettait la non prise en compte des collèges. Est-ce dire que les réformes DARCOS dès la maternelle nous conviennent ? Est-ce cela la réforme globale que nous demandions ?

Nous constatons de fait qu’année après année l’Éducation Nationale voit disparaître nombre d’enseignants, réduire à peau de chagrin la formation des maîtres, réduire le nombre de places aux concours. Sont-ce là les moyens nécessaires pour une réforme ambitieuse ? Nous souffrons aujourd’hui d’un accroissement considérable du nombre d’enseignants non remplacés et du nombre d’heures d’enseignements non réalisées. Les classes surchargées nous connaissons déjà, les cours au rabais aussi, et demain à quoi faut-il s’attendre ? La Fédération disait pouvoir envisager des regroupements d’élèves en nombre pour un cours magistral mais ces élèves devaient être séparés en petits groupes pour des travaux pratiques. De fait les dédoublements de cours disparaissent les uns après les autres faute d’heures de travail et pour les regroupements merci bien mais en Lycée les classes à 35 on connaît bien alors des classes de seconde à 40 ou 50 c’est non !

Nous affirmions pour notre part que des risques d’appauvrissement scolaire étaient grands. Parmi ceux-ci il y avait la disparition de certaines disciplines du groupe des matières obligatoires. Concrètement n’est pas ce qui est en train de se passer avec l’Histoire ?

La Fédération tout en se montrant favorable à l’organisation modulaire conditionnait celle-ci à la compétence acquise par l’élève à l’autonomie dans l’acquisition des savoirs. Cela devait être acquis préalablement dans les étapes d’enseignement antérieures. Où avez-vous vu que cela se mette en place ? La Fédération prônait le basculement, dans la posture de l’enseignant, du rôle de détenteur du savoir à celui de guide vers le savoir. Où les enseignants ont-ils appris, expérimenté et maîtrisé cela ?

Nous dénoncions également les obstacles supplémentaires qui allaient se dresser pour nombre d’élèves avec la disparition du groupe classe, le manque de suivi par un même enseignant qu’inévitablement le changement de groupes au second trimestre va entraîner. Combien d’élèves déjà sont à la traîne ? Combien n’arrivent pas à suivre le rythme, les cadences imposées par les évaluations en tout genre et les examens qui sanctionnent ? Cette réforme c’est la marche forcée vers l’élitisme, la sélection millimétrée et les économies d’échelle sur le compte de la grande majorité des familles. Tout cela est aujourd’hui tout autant inacceptable qu’hier. Voilà ce que nous tenions brièvement à te dire en espérant que les débats à venir sauront éclairer la réflexion collective et les orientations de la FCPE tout ensemble.

Nous sommes ouverts à tout débat sois en convaincu, là-dessus également nous n’avons pas changé. Mais nous pensons fermement que face à l’entreprise libérale qui broie nos enfants comme elle broie leurs parents, il n’y a pas de place aujourd’hui pour un quelconque accommodement avec un Ministère qui continue l’œuvre destructrice de ses prédécesseurs. L’heure est à la résistance et aux propositions alternatives et c’est là-dessus qu’il nous faut rassembler, dans la rue, dans les écoles, les collèges et les lycées, pas dans les salons ministériels.

Très cordialement,

Manuel Alvarez Président de la FCPE du Val d’Oise


Documents joints

Lettre à Jean-Jacques Hazan
Lettre à Jean-Jacques Hazan

Commentaires

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dimanche 13 décembre 2009 à 12h17, par  alix02fr

Bonjour,

je suis plus que soulagée de voir que les conseils locaux réagissent et argumentent face à la position nationale car en tant que parent d’élève impliquée et élue et en tant que professeur moi-même, j’avais été plus que déçue ! Voire trahie :J’ai rejoint la FCPE dès l’entrée de ma fille en maternelle, car je tenais à l’égalité des chances, à une participation raisonnée des parents d’élèves à la vie des écoles, à une vision humaniste du projet social et éducatif si souvent malmené par les différents gouvernements à tour de rôle où les élèves, les futurs citoyens, sont des pions sur lesquels on expérimente telle ou telle pratique, à un enrichissement de nos opinions et au partage constructif des idées nouvelles, des initiatives ............... peut-être utopiste ! le gouvernement actuel veut créer un gouffre entre les populations, diviser pour mieux régner et nier les valeurs de notre école laïque !

je vous transmets deux pétitions/lettres ouvertes et analyses : de la part de l’association des professeurs de langue (APLV associée à 12 autres organisations syndicales et/ou professionnelles) ainsi qu’une analyse pondérée mais très profonde de la situation actuelle :

Monsieur le Ministre,
Votre projet de réforme est inacceptable.
Il constitue une réforme globale du second degré à travers les modifications du décret EPLE qui concerne également le collège.
Il se traduit par :
• un accroissement dangereux de l’autonomie des établissements et des prérogatives des chefs d’établissements. Ainsi serait confié à la gestion locale près d’un tiers de l’horaire professeur au risque de conduire au développement des inégalités et à la concurrence entre les disciplines, voire entre les établissements ;
• un « accompagnement personnalisé » des lycéens installé au détriment des horaires disciplinaires dispensés aux élèves et qui ne répond pas à leur demande légitime ;
• une dénaturation de l’enseignement disciplinaire, en particulier pour les disciplines qui sont cantonnées en seconde dans les enseignements d’exploration réduits à 1h30 ;
• la mise en place d’un tronc commun en classe de première qui ne répond en rien à de réelles possibilités de changement de parcours pour les élèves, mais qui permettrait l’augmentation des effectifs dans les classes et la poursuite des suppressions de postes ;
• une extension des missions des enseignants bien au-delà de leurs responsabilités, en premier lieu sur l’orientation et une remise en cause des missions des conseillers d’orientation psychologues.
Il n’apporte aucune réponse à la demande unanime d’amélioration des conditions de travail des personnels et des conditions d’étude des élèves.
Pourtant, le lycée doit être amélioré et personne ne peut se résoudre à la persistance de l’échec d’un nombre important de jeunes, en particulier en classe de seconde.
Nous vous demandons solennellement de renoncer à ce projet, de reprendre les discussions sur d’autres bases, et de poursuivre celles sur les séries STI - STL.

LYCEE : LA GUERRE ETERNELLE
La « réforme Chatel » du lycée paraissait relativement bien partie. Elle faisait des heureux, comme les informaticiens, qui voyaient les sciences numériques enfin reconnues (cliquez ici), et les proviseurs qui voyaient l’autonomie de leurs établissements réaffirmée puisque le "Conseil pédagogique" disposerait de réels pouvoirs pour répartir les moyens (certains diront pour "gérer la pénurie"). Le ministre avait su trouver, parmi les syndicats, des soutiens, et les autres, tout en protestant, se faisaient fort de "digérer" les aspects les plus douloureux de la réforme : les deux heures d’accompagnement individualisés seraient réparties au prorata des heures perdues ailleurs, et tout le monde s’y retrouverait, sauf l’esprit de la réforme.
C’était oublier l’Histoire, aux deux sens du mot, la discipline et celle des réformes avortées. Le lycée d’autrefois avait généré sa hiérarchie des filières : dans les années 60, la section A’ permettait à l’élite de préparer Polytechnique dès la classe de seconde : les maths et la physique pour assurer l’essentiel, le latin et le grec pour faire la différence. Les M (pour "modernes") accueillaient les enfants du peuple qui ne faisaient pas de latin. Les noms ont changé, le principe est resté. Lorsqu’elle défendait l’option grec dans les sections scientifiques, Jacqueline de Romilly, bien que très âgée et à demi aveugle, pesait à elle seule plus que 100 000 lycéens dans les rues, et que tous les syndicats enseignants réunis.
A tort ou à raison, il n’appartient pas à ToutEduc de trancher, tous les ministres ont voulu "rééquilibrer" les filières, et faire de la section S une section scientifique plutôt que sélective, obligeant les élèves à faire de vrais choix, sans lesquels tous les beaux discours sur l’orientation sont vains. Luc Chatel a donc repris le chemin emprunté par ses prédécesseurs, de gauche ou de droite. Il a attaqué la filière d’excellence non par la voie du grec, mais par celle de l’Histoire. La réaction de l’APHG (l’association des professeurs d’histoire-géographie) a été relayée par une pétition d’intellectuels, signée ou soutenue par Alain Finkielkraut, Philippe Meirieu et Antoine Prost, pour prendre quelques figures symboliques.
Toute réforme qui n’augmente pas le nombre des heures de cours faisant des mécontents, Luc Chatel aurait-il pu choisir d’autres mécontents ? L’insulte faite à l’Histoire est-elle plus grave que celle faite à d’autres disciplines ? Peut-il à présent briser ce front hétéroclite et donner des gages aux défenseurs de l’Histoire contre ceux qui sont attachés à la conservation d’une série d’élite ? Car parmi les signataires, beaucoup sont par ailleurs d’ardents défenseurs d’un lycée qui reconnaîtrait la diversité des intelligences et d’autres formes, plus collaboratives, du travail scolaire. Ils avaient le sentiment que la réforme Chatel, sans aller jusqu’au bout de cette logique, allait "dans le bon sens".
La vraie question est, comme toujours, ailleurs. Pour s’imposer, une réforme doit avoir une forte légitimité. Celle qui a été concoctée dans le secret d’un cabinet ministériel ne l’aura jamais, quand bien même elle serait la plus pertinente du monde (ce qui reste à démontrer dans le cas présent) ! L’enseignement optionnel de l’Histoire en Terminale S pose, par le gros bout de la lorgnette, un problème autrement sérieux : notre modèle politique est-il encore en mesure de conférer une légitimité démocratique aux choix de société, qui affectent l’image que nous avons de nous-mêmes ? Une pièce à verser au débat sur l’identité nationale .....

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